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Zemmour vs Melenchon : mon grain de sel ! (par Usmaan Noorëyni Gëy)

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« Quel que soit l’issue du débat, Zemmour est le principal gagnant parce qu’il va utiliser cette plateforme pour légitimer ses positions ». Voici une erreur pourtant soutenue par bon nombre de personnes (analystes ou pas) avant le débat de Zemmour et Mélenchon.

Faut-il débattre avec l’extrême-droite ? Je pense que OUI. Dès l’instant que des idées, fussent-elles racistes et réactionnaires, intègrent la « fenêtre d’overton », il faut les confronter et les combattre. C’est ce qu’a compris Melenchon en dépit des critiques infondées et du mépris des médias mainstream.

Quid du débat ? Il fut âprement mené. Zemmour a fait du Zemmour et Melenchon fut fidèle à ses convictions. D’abord l’idée de scinder le débat en partie et en fonction des préoccupations de l’un et de l’autre fut intéressante. Cela a permis, dés les premières minutes, de camper le décor et de battre en brèche les poncifs de Zemmour sur l’islam et l’immigration.
Zemmour est apparu sur le plateau sans notes. Son objectif était d’affirmer son ethos de penseur, d’écrivain et de chroniqueur, qui a l’habitude de débattre de ces questions. Pourtant, à en croire Maxime Switek, l’un des animateurs du débat, dans les coulisses, Zemmour était entrain de réviser avec tout un tas de notes avec lui. Celles de Melenchon faisaient référence à la stabilité, au sérieux qu’exige ce débat et à la concentration. Il ne manquait pas de prendre son stylo et de noter sur ses feuilles, ça lui permet d’aviser son interlocuteur : « ne dis pas de bêtises, je note tout et je ne manquerai pas de te contredire dans les moindres détails ». L’ethos d’un homme sérieux, rigoureux et concentré… voila ce que cherchait à prouver Melenchon grâce à ses multiples feuilles. Il y est arrivé et ça se voyait.

1-0 : Melenchon se détache et Zemmour s’éclipse

Dès les premières secondes de son intervention, Zemmour affirme avoir accepté le débat parce que selon lui les joutes orales sont essentielles dans une démocratie. Mauvaise entrée en jeu ! Ce qu’il fallait faire c’est de camper le décor en affirmant le désaccord. JLM l’a réussi en affirmant que les idées de Zemmour sont infâmes, racistes et anti-révolutionnaires. On peut constater, dès lors, le malaise dans les yeux et la voix de Zemmour, qui bégaie et cherche les mots difficilement.

Cette introduction (aussi appelée exorde) est le moment – dans une allocution ou un débat – de la captatio benevolentiae : de la recherche de sympathie et d’approbation. L’objectif est donc de faire acquiescer le téléspectateur. Zemmour a raté cette étape car tres formaliste et trop mou, là où JLM est dans l’offensive et la rupture fondamentale avec son co-débatteur.

La construction de la différence est une technique centrale en rhétorique. Il n y a pas d’opposition sans altérité. L’autre est donc essentiel pour se positionner. Il y a « NOUS » et « EUX ». Cette division pratique et symbolique est présente dans le discours de JLM dès ses premiers mots : « vous êtes un danger.. vous avez une vision rabougrie de la france… vous êtes un raciste et vous avez été condamné pour ça.. vous confessez une vision de la virilité extrêmement curieuse… ». Pleins de petites phrases qui catégorisent Zemmour et le mettent mal à l’aise. Son visage tout renfrogné en dit long sur sa surprise 😧. Il ne s’attendait pas à ce que les coups se donnent de si tôt. Il essayera de les rendre mais en vain.

2-0 : sur les questions sociales, Melenchon est le boss

Le hiatus entre les deux hommes est abyssal. L’un est obsédé par l’immigration et en parle même quand on l’interpelle sur l’écologie. L’autre, fidèle aux idées de gauche, maitrisent le sujet et est à l’aise pour en débattre. Zemmour est piégé et sa rhétorique d’extrême-droite a du mal à prospérer. Il analyse les questions sociales sous le prisme de l’immigration. S’il y a de plus en plus de chômeurs et de gens malheureux en france, c’est à cause des étrangers. Ce qui est faux quand bien même il mobilise des chiffres pour corroborer son propos. Les idées de Zemmour sont anti-sociales. A contrario, Melenchon a bien travaillé son sujet. Le malaise des français est dû aux choix néolibéraux et capitalistes des dirigeants. Il propose le blocage des prix sur les produits de première nécessité, l’augmentation du smic à 1 400 euros net entre autres pour améliorer qualitativement les conditions de vie des français… Et quand viennent les questions liées à l’écologie, Zemmour perd le nord. Il parle de l’immigration. Même les animateurs sont abasourdis. Quel est le rapport se demandent-ils. Zemmour se ridiculise et Melenchon marque des points en faisant des propositions techniques mais plausibles.

Le point fort de Zemmour (l’extrême-droite) semblait être les questions de sécurité. Pourtant il a eu du mal à se faire entendre face à un JLM expérimenté et taquin. Zemmour est obligé de citer des chiffres inexacts, contredits par les fact-checkeurs de la rédaction de BFMTV. Il sort de ses gonds et attaque Amélie Rosique qui ne faisait que révéler son ignorance de la réalité et sa mauvaise foi ubuesque. La technique de Zemmour consiste à soit donner des chiffres erronés ou à mobiliser une pléthore de penseurs pour confirmer son idée : l’argument d’autorité et les biais de confirmation. Cette technique, aussi, appelée argumentum ad verecundiam est le plus souvent mobilisée par ceux qui ne maîtrisent pas le sujet sur lequel ils s’expriment.

Quid des faiblesses de Melenchon ?

L’une des critiques qu’on faisait le plus à Melenchon était son tempérament. Heureusement pour lui, hier, il s’est bien contrôlé tout en affirmant ses positions avec ténacité et sans s’égosiller. La seule critique qu’on peut avoir de son discours est sa posture « mitterrandienne ». Tout porte à croire que JLM fait partie de cette gauche anti-capitaliste mais pas anti-impérialiste, pourtant les deux doivent être inséparables. Mitterand était un impérialiste et il a utilisé la francophonie comme arme pour accentuer la puissance française en Afrique. Jean Luc Mélenchon se veut d’être son héritier, tant sur la posture que sur les propositions. Entendre Melenchon utiliser la francophonie comme illustration de la créolisation, ça fait réfléchir. Et ce discours n’est pas nouveau. Il l’a récemment réaffirmé au Burkina. Voici la seule réticence que j’ai de son discours.

Grosso modo, le fachisme de Zemmour n’a pas rayonné face à JLM. Le camp du progressisme, comme à l’accoutumée, a pris le déçu sur celui des réactionnaires, racistes, sexistes et islamophobes. Maintenant, que les personnes racisées de nationalité française s’engagent davantage et votent utilement. Ça ne sert à rien de voter pour Macron. Il est raciste tout comme Zemmour. Votez Melenchon, c’est le meilleur choix pour vous et pour vos enfants.

Usman Noreyni
#paradisnoir

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