«Dans la nuit de vendredi à samedi, des individus armés ont mené une incursion meurtrière à Solhan, dans la province du Yagha. (Photo prétexte) AFP / tdg.ch
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Une centaine de morts dans une attaque au Burkina Faso

Par Babacar Mbaye

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Le gouvernement a décrit les assaillants comme des terroristes, mais aucun groupe n’a revendiqué les violences meurtrières.

Au moins 138 personnes ont été tuées dans le nord du Burkina Faso, à Solhan, dans la nuit de vendredi à samedi 5 juin, l’attaque la plus meurtrière enregistrée dans ce pays depuis le début des violences djihadistes en 2015, a appris l’Agence France-Presse (AFP) de sources sécuritaires et locales. L’attaque a eu lieu dans une province frontalière du Niger.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, « est indigné par l’assassinat, tôt [samedi] matin, de plus de cent civils, dont sept enfants, lors d’une attaque perpétrée par des assaillants non identifiés contre un village de la province de Yagha, dans la région du Sahel au Burkina Faso », a déclaré son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans un communiqué. M. Guterres « condamne vivement cette attaque horrible et souligne la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable ».

Ces attaques ont été commises dans la zone dite « des trois frontières » entre Burkina, Mali et Niger, régulièrement ciblée par des assauts meurtriers de djihadistes présumés liés à Al-Qaida et à l’organisation Etat islamique contre des civils et des militaires.

« Dans la nuit de vendredi à samedi, des individus armés ont mené une incursion meurtrière à Solhan, dans la province du Yagha. Le bilan, toujours provisoire, est d’une centaine de personnes tuées, des hommes et femmes », a indiqué à l’AFP une source sécuritaire.

« Plusieurs blessés ont succombé à leurs blessures et de nouveaux corps ont été retrouvés. Le bilan toujours provisoire, est de 138 morts », a déclaré samedi soir un élu local en précisant que « les corps ont été enterrés dans des fosses communes ». Selon cet élu, « il y a plusieurs dizaines de blessés ». Selon une source locale, l’attaque a « d’abord visé le poste » de supplétifs de l’armée, puis les maisons d’habitants, qui ont été exécutés.

Un deuil national décrété samedi matin

Le gouvernement, qui a confirmé l’attaque, a décrit les assaillants comme des terroristes, mais aucun groupe n’a revendiqué l’attaque meurtrière. Un deuil national a été décrété samedi matin, pour une durée de soixante-douze heures. Les victimes sont des « civils sans distinction d’âge, tués par les terroristes », a précisé le gouvernement dans un communiqué, ajoutant que « plusieurs habitations et le marché [de Solhan] ont été incendiés ».

Le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, a dénoncé « cette attaque barbare » et « ignoble », appelant à « rester unis et soudés contre ces forces obscurantistes ». Le chef de l’opposition du Burkina, Eddie Komboigo, a estimé que le massacre des populations « doit cesser sans condition ».

Selon une source locale, « l’attaque, qui a été signalée aux environs de 2 heures [4 heures en France], a d’abord visé le poste des Volontaires pour la défense de la patrie », les VDP, des supplétifs civils de l’armée, et « les assaillants ont ensuite visité les concessions [maisons] et procédé à des exécutions ».

Solhan est une petite localité située à une quinzaine de kilomètres de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha qui a enregistré de nombreuses attaques attribuées à djihadistes ces dernières années. « Depuis ce matin, on assiste à des flux de déplacés internes qui fuient vers Sebba », selon l’élu local. « Ces déplacements ont également occasionné d’autres victimes car trois personnes sont mortes sur l’axe Solhan-Sebba, la charrette qui les transportait ayant sauté sur une mine artisanale ».

Le 14 mai, le ministre de la défense, Chérif Sy, et des membres de la hiérarchie militaire s’étaient rendus à Sebba, assurant que la situation était revenue à la normale, après de nombreuses opérations militaires.

D’autres attaques meurtrières

Cette même nuit, au moins quatorze personnes ont été tuées dans une autre attaque visant un village du nord du Burkina Faso vendredi soir, ont fait savoir samedi des sources sécuritaires et locales. L’attaque a eu lieu à Tadaryat, une petite localité située près de Tokabangou, sur le territoire de la commune de Markoye, dans la province de l’Oudalan. « Les assaillants ont emporté plusieurs biens appartenant aux populations, dont des motocyclettes et du bétail », a affirmé une source locale sous couvert d’anonymat.

« Des individus armés non identifiés ont attaqué Tadaryat et tué treize personnes parmi les populations civiles », a déclaré à l’AFP une source sécuritaire, ajoutant qu’un supplétif de l’armée « venu porter secours » aux habitants a également été tué. L’attaque et le bilan ont été confirmés à l’AFP par une source locale. Des « opérations de ratissage » pour retrouver les assaillants sont actuellement menées par l’armée, qui porte aussi « assistance aux populations », selon une source sécuritaire.

Cet événement survient une semaine après deux autres attaques dans la même zone, au cours desquelles quatre personnes, dont deux supplétifs civils de l’armée, ont été tuées. Les 17 et 18 mai, quinze villageois et un soldat ont été tués lors de deux assauts contre un village et une patrouille dans le nord-est du pays, selon le gouverneur de la région burkinabée du Sahel.

Depuis le 5 mai, face à la recrudescence des attaques djihadistes, les forces armées ont lancé une opération d’envergure dans les régions du Nord et du Sahel. Malgré l’annonce de nombreuses opérations de ce type, les forces de sécurité peinent à enrayer la spirale de violences djihadistes qui ont fait depuis 2015 plus de 1 400 morts et plus d’un million de personnes déplacées fuyant les zones de violences.

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