Un villageois traverse un champ de cannabis près de Ketama, dans le nord du Maroc, en septembre 2019. FADEL SENNA / AFP / Le Monde
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Le Maroc veut passer au cannabis “thérapeutique”

Par Babacar Mbaye

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Premier producteur mondial de haschich, le Maroc se prépare à légaliser l’usage thérapeutique du cannabis.

C’est un pas en avant de taille du gouvernement marocain sur la question. Le conseil de gouvernement a adopté jeudi un projet de loi sur “les usages licites du cannabis” autorisant un usage “médical, cosmétique et industriel“. Le texte, qui doit encore être validé par le Parlement, ne concerne pas le cannabis “récréatif”, toujours prohibé.

La mesure, et son cadre juridique complet, devrait permettre à l’Etat de valoriser une culture lucrative actuellement aux mains des trafiquants. Le but est de “reconvertir les cultures illicites destructrices de l’environnement en activités légales durables et génératrices de valeur et d’emploi“, selon le texte.

Car dans le royaume chérifien, l’enjeu est de taille. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), le pays d’Afrique du Nord est le premier producteur mondial de résine de cannabis (plus connu sous le mot “Haschich”).

Bien supérieurs aux estimations du rapport de l’organisation internationale -47 500 hectares en 2018-, les chiffres officiels dévoilés cette semaine à Rabat font état de “55 000 hectares cultivé en 2019”. Il suffit de se promener sur les routes du Rif, dans le nord du pays, pour voir de vastes étendues de champs soigneusement cultivés et irrigués, en toute illégalité.

Un mal qui pourrait devenir un atout

Avec la création d’une agence de régulation, chargée de “développer un circuit agricole et industriel” et de contrôler toute la “chaîne de production“, de l’importation des semences jusqu’à la commercialisation (ainsi que d’un contrôle des teneurs en THC, la principale molécule psychoactive du cannabis), le Maroc pourrait ainsi se doter d’un atout économique majeur.

De l’avis des experts, les atouts du royaume en la matière sont pour le moins indéniables: un écosystème propice, la proximité du marché européen en plein essor et un savoir-faire ancestral des agriculteurs“, détaille l’agence officielle MAP.

Le Maroc table sur le “développement soutenu” du marché mondial du cannabis médical, avec des prévisions de croissance moyenne annuelle de l’ordre de 60% en Europe, son “marché cible”, selon une note du ministère de l’Intérieur. Les professionnels estiment à 1 milliard de dollars le marché du cannabis légal en Europe.

La ressource, qui pourrait partiellement devenir légale, abonde sur le territoire. Les données officielles ne dévoilent pas la production actuelle qui s’élève, selon une étude publiée en 2020 par le réseau indépendant “Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée”, à plus de 700 tonnes par an, pour une valeur de 23 milliards de dollars.

Mais le projet de loi ne fait pas l’unanimité: au sein du P**arti Justice et Développement (PJD)** qui dirige la coalition gouvernementale, Abdelilah Benkirane, figure politique emblématique et ancien chef du parti, a annoncé le “gel de son adhésion” au parti sur sa page Facebook, quelques heures après le feu vert du conseil de gouvernement.

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