souveraineté numérique
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LA SOUVERAINETE DU SENEGAL PASSERA AUSSI PAR SA SOUVERAINETE NUMERIQUE.

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« Souveraineté », un mot de plus en plus employé par les jeunes africains qui rêvent d’accéder à l’indépendance « réelle »

Cela signifie pour le Sénégal, qu’aucun autre pays ne puisse influencer une décision de ses autorités, qu’aucun pouvoir étranger ne puisse exiger un paiement de tribut, ni annuler ou réformer aucune de ses décisions. Ce pouvoir souverain n’est donc assujetti qu’au peuple du Sénégal par les moyens déterminés par la Constitution sénégalaise. Sachant cela, il est clair que nous sommes encore loin de la souveraineté rêvée.

Dans les domaines monétaires, militaires, pharmaceutiques, politiques, économiques, communicationnels, numériques et cyberdéfense, on ne peut dire qu’on a un semblant de souveraineté, sachant que le FCFA reste notre monnaie, que nous n’avons pas de complexe militaro-industriel, que nous quémandons des vaccins en cas de pandémie et que nous payons encore un tribut que nous appelons timidement « dette ». Oui, nous avons une dette envers des pays qui nous ont sucés jusqu’au sang avec l’esclavage, la colonisation et les tirailleurs.

La plupart des sénégalais ne comprennent pas les grands enjeux et intérêts monstrueux qui se jouent en ce moment en Afrique francophone et particulièrement au Sénégal, avec la découverte de nouvelles ressources naturelles. Dès l’année prochaine (2023), les exploitations de nos gisements gaziers et pétroliers commenceront, et bien que l’État du Sénégal ait sa part, une partie non négligeable de cette manne ira dans les caisses d’autres pays à travers leurs entreprises (comme d’habitude).

Certains partis politiques ont l’ambition de revoir tous les contrats s’ils accèdent au pouvoir, cela voudrait dire une plus grosse part de recettes pour le Sénégal et donc un manque à gagner pour d’autres pays. Mais surtout, cela signifierait une chose qui semble encore inacceptable et même dangereux pour certains pays occidentaux : se plier à la décision souveraine d’un pays africain francophone.

Cette acceptation sera encore plus difficile vu les tensions dans la sous-région et la cascade de coups d’État en Afrique de l’Ouest et de l’exigence des nouveaux pouvoirs pour un respect total de leurs décisions, quitte à renvoyer des ambassadeurs dans leur pays pour signifier leur détermination.

Même dans le cas d’une transition démocratique, que croyez-vous ? Que l’on va dérouler un tapis rouge à ceux qui veulent par les urnes, accéder au pouvoir et libérer leur pays des griffes acérées des anciens colonisateurs … Détrompez-vous, prenez du recul et demandez-vous qui a gagné les élections démocratiquement en Égypte et qui est aujourd’hui au pouvoir ? Est-ce que vous avez entendu les pays occidentaux exiger le respect des urnes ?

De ce que je vois, si un parti souverainiste accède au pouvoir au Sénégal, c’est une guerre froide numérique sans pitié qui sera lancée non seulement contre les intérêts du pays, mais aussi, contre les membres du gouvernement, en commençant par le président. Avec la maîtrise d’internet, il est aujourd’hui très facile pour un gouvernement de mener une campagne de diabolisation extrême envers un autre gouvernement et limiter toute diffusion tendant à donner une autre version des faits. Cette diabolisation aura pour but de rendre le pouvoir en question et ses représentants infréquentables ; et de préparer psychologiquement les masses (africaines et surtout occidentales) à une éventuelle élimination pure et dure de ces personnes. Nous avons l’exemple de Mouhamed Morsi.

Le prochain gouvernement souverainiste du Sénégal et son président doivent se préparer à la souveraineté numérique s’ils veulent survivre et réussir le projet.

En 2022, il n’y a aucun domaine de souveraineté et d’économie qui n’a pas en son cœur le numérique. Dans ce nouveau monde, le numérique est l’identité remarquable de toutes actions gouvernementales visant au développement et à la défense d’un pays. Un État qui ne maitrise pas le numérique est déstabilisé, car ce dernier fragilise très fortement sa puissance publique. L’enjeu est la défense de intérêts nationaux et régionaux sans risque d’une perversion des objectifs par d’autres états maîtrisant les canaux de sauvegarde et de diffusion des données.

La dépendance n’est pas une fatalité, il ne faut pas être défaitiste, il faut une très forte volonté politique et tracer des objectifs clairs et accessibles qui produiront moins de cyberdépendance et donc plus de liberté.

Un État, surtout Africain, doit avoir conscience de l’importance de la maitrise du numérique pour sa souveraineté nationale, sa capacité de décision, de la compétitivité de ses entreprises etc.  Au Sénégal, nous avons un ministère de l’économie numérique et des télécommunications. À l’accueil de son site internet, on peut lire : « Formation : Les responsables de la communication des ministères à l’école de FACEBOOK »

« Formation à l’école de Facebook » ? très curieux !!! Mais je ne me décourage pas, peut-être qu’en plus de cette « formation », l’on trouve des programmes beaucoup plus ambitieux pour que les jeunes sénégalais deviennent les prochains inventeurs d’un « Facebook africain » maitrisé de A à Z.

Mon ambition est de lancer un appel aux présidents africains, sénégalais en particulier et à ceux qui ambitionnent d’accéder bientôt au pouvoir (suivez mon regard…). La défense de la souveraineté, non seulement de nos pays mais aussi de ses dirigeants passent forcément par une prise de conscience des enjeux du numérique. Ni les GAFAM, ni les BATX ne sont africains et pourtant, ils ont un impact sur ce qu’il y a de plus basique dans nos démocraties, c’est-à-dire, les élections.

Demain, si nos intérêts ne coïncident plus avec les intérêts de nos partenaires parmi les pays développés, des moyens numériques conséquents seront déployés pour annihiler toute démarche indépendante. Il n’y aura pas de pitié.

Pour nous préparer et renforcer les moyens de nos ambitions, Il nous faut la création d’un MINISTÈRE DE LA STRATÉGIE NUMÉRIQUE collaborant étroitement avec TOUS les ministères, en commençant par ceux de l’Intérieur et des Forces Armées.

Un Ministère de la Stratégie Numérique fort, au budget conséquent, qui permette de poser urgemment les bases d’une souveraineté numérique. Une partie de la manne pétrolière et gazière au Sénégal doit absolument servir à rendre cette aspiration concrète.

Et moi, je n’ai même pas parlé de 1/10 -ème de ce que je voulais. Le numérique sert fortement l’économie par la lutte contre la corruption, mais aussi par le développement de certains secteurs comme les infrastructures, l’habitat, l’aménagement du territoire, la traçabilité des transactions, etc.

Il est temps de me consacrer à un livre.

Mandiaye DIALLO

Expert BIM (Building Information Modeling)

Directeur de Construction Numérique

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