Eau… de là du forum de Dakar / Emedia

Eau… de là du forum de Dakar

Par Babacar Mbaye (Avec Emedia)

10 mins read

À la veille de la célébration de la journée mondiale de l’eau, Dakar abrite pour six jours, (du lundi 21 au samedi 26 mars), le 9ème Forum mondial de l’eau (Fme). Depuis plusieurs années, les différents gouvernements se fixent des objectifs pour satisfaire le besoin en eau potable. Malgré les ressources hydriques dont dispose le Sénégal, la majorité est confrontée à un problème d’accessibilité à ce liquide précieux. L’atteinte des objectifs de développement durable demeure un des défis. Et le spectre des conflits liés au partage de l’eau inquiète.

C’est la première fois qu’un tel événement sur l’eau est organisé dans un pays de l’Afrique subsaharienne. La question de l’eau est une préoccupation majeure pour tous les régimes qui se sont succédé au Sénégal qui accueille ce 9ème Forum mondial de l’eau. Au-delà de ce sommet qui réunit des personnalités et organismes du monde entier, le Sénégal, dont l’accès à l’eau reste encore un gros problème, pourrait profiter de ces échanges qui s’ouvrent ce 21 mars et ce, jusqu’au 26.

En termes de potentialité hydrique, le Sénégal est l’un des pays, en Afrique de l’ouest, qui recèle le plus de réserves en eau souterraine et d’eau de la surface. D’après la Société nationale des eaux (Sones), elles sont estimées à 27 milliards de mètres cubes sur le territoire national. Le lac de Guiers, situé en rive gauche du fleuve Sénégal, dans la zone du Delta du fleuve, couvre une superficie d’environ 205 km², pour un volume de 400 millions de mètres cubes.

Il constitue la plus vaste réserve d’eau douce de surface, exploitée principalement à des fins agricoles et de production d’eau potable pour la région de Dakar. Il fournit environ 75% de l’eau consommée dans la capitale. Pour satisfaire la demande en eau potable, la Sones s’est fixée des objectifs à l’horizon 2019-2030. Ainsi, quand la troisième usine de traitement d’eau de Keur Momar Sarr (Kms3) sera fonctionnelle, l’eau coulera des robinets 24 heures/24 et les déficits déserteront les ménages, entreprises et bornes fontaines. Le Kms 3 aura donc injecté 200 000 mètres cubes par jour dans le réseau. En 2020, cet impact positif devait toucher 500 mille personnes et 2 millions, en 2025. Elle avait assuré qu’à partir de 2019, les nappes souterraines seront préservées d’une surexploitation.

Un souffle de sécurisation de l’alimentation en eau potable de Dakar se répandra sur la capitale qui, à elle seule, consomme 70% de la production d’eau. A cela, on peut noter les deux stations de Ngnith et Keur Momar Sarr, également situées dans le périmètre du Lac de Guiers. Ils ont une capacité cumulée de 185.000 mètres cubes par jour pour des besoins de près de 395.000 mètres cubes par jour. Malgré ces objectifs et efforts menés, la demande reste élevée. Kms3 a été inaugurée mais il reste encore des zones dans Dakar, qui passent des nuits sans une goutte d’eau. Ou en tout cas juste pour quelques heures avant de disparaître. 

« En route vers l’Odd »

Les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd)ont permis de réaliser des progrès considérables dans de nombreux pays en développement en ce qui concerne la fourniture d’eau de qualité, mais les résultats ont été inégaux d’un pays à l’autre. Le Sénégal a atteint et même dépassé la cible des Omd pour l’accès à l’eau potable (cible fixée à 77% pour 2015). En dépit de ces performances, des populations font face à des difficultés énormes en matière d’accès à l’eau potable. « La question de l’eau au Sénégal ne se pose pas en termes de quantité globale mais en termes de disponibilité.

De manière générale, les ressources en eau sont mal reparties, car trop éloignées des grands centres de consommation », a soutenu Cheikh Tidiane Ndour, dans sa thèse de doctorat, sur l’analyse économique de la demande d’eau résidentielle à Dakar. En vertu des objectifs de développement durable, (Odd 2030), le Sénégal vise à atteindre une couverture en eau potable. 100% pour l’accès à des services améliorés, d’ici à 2022. Les spécialistes sont unanimes que l’Afrique ne manque pas d’eau, mais d’infrastructures de distribution et d’assainissement. En Afrique subsaharienne, 70% des habitants ne sont reliés à aucun réseau.

Ce qui veut dire que tous les rejets vont dans la nature, entraînant une pollution immédiate et sur le long terme des milieux naturels. Au Sénégal, les défis à relever restent nombreux et sont principalement liés à la préservation et à la gestion efficace des ressources en eau pour éviter leur surexploitation et leur contamination par diverses sources de pollution. La réduction du nombre de personnes non raccordées à des services d’alimentation en eau potable ou ne disposant pas de services d’assainissement adéquat. En conseil des ministres, le 17 juin, le Président Macky Sall a aussi invité le ministre de l’Eau et de l’assainissement à « finaliser la réalisation des grands projets d’hydraulique urbaine en cours ». 

L’hydrodiplomatie pour anticiper les conflits

L’un des enjeux géopolitiques de l’eau est la gestion concertée des bassins hydrologiques internationaux. Le fleuve Sénégal par exemple, est partagé par la Mauritanie, la Guinée, le Mali et le Sénégal. Selon l’hydrologue Emma Haziza, le partage de l’eau est une source régulière de conflit et de trafic également. « Ceux qui auront le pouvoir demain, seront ceux qui auront des réserves d’eau et qui auront les moyens de les défendre pour les conserver », conclue-t-elle. Voilà pourquoi l’on parle depuis quelques années d’hydrodiplomatie. Il s’agit d’un concept inventé par le Libanais Fadi Comair, repris par les Nations Unies, et qui mise sur le partage équitable de l’eau entre pays riverains. Dans un entretien avec Libération en janvier 2017, il précisait qu’il s’agit d’une « politique d’anticipation » des conflits. « C’est un concept qui allie le travail diplomatique avec l’expertise en matière de planification de projets hydrauliques, via la création d’une coopération régionale. Le but est de créer une dynamique de développement économique au niveau du bassin transfrontalier », définissait M. Comair. 

Heureusement que l’Organisation pour tamise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), peut aujourd’hui, servir d(‘exemple et de modèle de gestion partagée des ressources du bassin du fleuve Sénégal entre les quatre pays que sont : la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Mieux, en plus de l’eau, l’énergie hydroélectrique, la fibre optique pour les télécoms, font partes des ressources partagées au niveau de ce bassin. Quid du transport qui constitue un projet important de l’OMVS.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Article précédent

Diamniadio : Macky Sall lance le Forum mondial de l’eau

Article suivant

Mali : la Cédéao repart sans accord sur la durée de transition

Latest from Actualités